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Saturday, February 24, 2024

après leur défaite dans les urnes, les conservateurs du PiS jouent la carte du blocage

Les dernières élections législatives d’octobre 2023 ont été vécues par beaucoup d’électeurs comme un nouveau souffle après huit ans de chaos démocratique. La coalition libérale a pris la place des ultranationalistes et conservateurs du parti Droit et Justice, le PiS. Mais remettre la Pologne sur les rails de l’État de droit semble plus compliqué que prévu. Et les coups de théâtre se multiplient.

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Donald Tusk, le Premier ministre polonais, est déjà prêt à convoquer des élections anticipées, quatre mois seulement après sa nomination. Parce que le leader du nouveau gouvernement s’impatiente et commence même à s’agacer : « Si nous n’arrivons pas à gouverner, car le président Duda fait obstruction et qu’il veut des élections anticipées, il les aura. » Le gouvernement patine. Le Premier ministre en place depuis décembre s’est donné comme mission de « nettoyer les écuries d’Augias laissées par le gouvernement précédent » lors de son discours de politique générale. Mais il prend du retard dans les travaux.

Pour Maciej Onasz, politologue à l’université de Łódź, « Tusk et l’ensemble de la coalition sont dans une position très compliquée ». Les écuries sont encore bien gardées par les anciens propriétaires, « le PiS, après huit ans de règne, a solidement intégré des changements contraires à l’État de droit », poursuit Maciek Onasz. Et pour revenir en arrière, tout devient compliqué, notamment à cause du tribunal constitutionnel polonais.

Des blocages incessants

Alors que Donald Tusk tente en ce moment de faire voter le budget du gouvernement, le président Andrzej Duda, grand allié du PiS, a renvoyé le projet de loi devant le tribunal constitutionnel. Un organe judiciaire sous influence du parti Droit et Justice depuis son passage au pouvoir, selon de nombreux observateurs.

Une situation qui complique tout selon Maciej Onasz : « En pratique, il a la possibilité de bloquer tout changement apporté par la législation. » Un obstacle de taille pour la coalition au gouvernement qui n’arrive pas à le contourner, notamment « parce qu’il n’existe pas d’organe dans le système polonais capable de contester les jugements du tribunal constitutionnel », explique le politologue.

À l’instar du budget, tous les projets qui visent à revenir en arrière sur des décisions du PiS sont torpillés par le président de la République – soit en les renvoyant devant le tribunal constitutionnel, soit en apposant son véto. Véto que le Parlement n’est pas en mesure de faire annuler, au vu de sa composition – il faut les 3/5e des élus pour retourner un veto présidentiel. 

La fin justifie les moyens ?

Comment faire alors ? Le temps presse, « la coalition doit satisfaire les exigences des électeurs et montrer qu’un changement de pouvoir entraîne un changement de système », analyse Maciej Onasz. Si bien que le nouveau gouvernement tente des coups. Souvent surprenants, comme début janvier. La police est intervenue au sein du Palais présidentiel pour arrêter un député du PiS, Mariusz Kamiński. L’ancien ministre de l’Intérieur et l’un de ses plus proches collaborateurs seraient mouillés dans une affaire de corruption. Après un très court passage par la case prison, le président de la République les a graciés.

Le gouvernement s’en est aussi pris à la chaîne d’information publique TVP, accusée de diffuser les idées du PiS depuis son passage au pouvoir. Le 20 décembre à 19 h 30, pas de JT comme prévu, mais un message à la place : « Aucun citoyen polonais n’est obligé d’écouter la propagande […] À partir de demain, au lieu d’une soupe propagandiste, nous voulons offrir de l’eau pure ». En parallèle, le ministre de la Culture mettait à pied les responsables de la chaîne. Le PiS se plaint que ces opérations coup de poing « détruisent la démocratie en Pologne. »

Pour Maciej Onasz, « la coalition tente la méthode du fait accompli ». Elle agit vite, sans trop poser de question. Mais l’expert se pose la question : « cette méthode est-elle, en soi, conforme aux principes d’un État de droit démocratique ? On peut en douter. »

Une stratégie floue

Le PiS continue de bloquer tout ce qui sort de la nouvelle majorité. En parallèle, « les dirigeants de Droit et Justice tentent d’imposer un récit sur la fin de la démocratie en Pologne », observe le professeur de l’Université de Łódź. Dans sa position actuelle, il crie aux « violations de la loi, utilisant des méthodes autoritaires, voire totalitaires, avec des tentatives de créer des “prisonniers politiques” ». Le climat est délétère et rappelle ce que reprochait l’actuelle gouvernement au PiS lors de son deuxième mandat en 2015. « Une stratégie déjà inefficace à cette époque, poursuit Maciej Onasz. À mon avis, ils n’arrivent toujours pas à se remettre de la défaite d’octobre. »

Jouer la montre avant les élections régionales et municipales du mois d’avril, voilà l’un des buts du PiS. Les conservateurs polonais espèrent montrer à la coalition au pouvoir qu’ils sont encore populaires et que leurs blocages sont légitimes. Mais rien n’indique que ce sera le cas, selon Maciej Onasz : « Ils risquent de perdre beaucoup. Depuis 2018, ils gouvernent la moitié des voïvodies [régions, NDLR], s’ils en conservent trois sur les 16 au total, ce sera déjà une réussite. »

Les grandes villes devraient aussi leur échapper, comme à chaque scrutin. Les élections d’octobre ont aussi dessiné une nouvelle tendance : si le PiS est traditionnellement plus fort dans les campagnes que dans les grandes villes, là aussi, on assiste à un exode des électeurs. Si bien que « dans un avenir proche, le PiS pourrait avoir pour mission de survivre et de limiter les pertes », prophétise Maciej Onasz. 

Le parti Droit et Justice pourrait déjà avoir en tête la prochaine élection présidentielle de 2025. « Elles seront cruciales. Conserver le poste de président de la République sera extrêmement important pour le PiS. » Et pas seulement pour conserver le droit de veto et continuer de bloquer la coalition au pouvoir, mais aussi pour ses prérogatives judiciaires. « Si le parti Droit et Justice y parvient, ce sera un bon point de départ pour les législatives de 2027 », se projette déjà Maciej Onasz.

À écouter aussiPologne : le PiS fait de la résistance

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