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Wednesday, August 10, 2022

comment le Kanem lutte contre la malnutrition

Publié le :

La province du Kanem enregistre l’un des taux de malnutrition les plus élevés du Tchad. L’insécurité, le changement climatique, mais aussi les pratiques culturelles sont les principales causes avancées par les autorités qui tentent de l’éradiquer avec l’appui de leurs partenaires.

Cheveux jaunâtres, corps amaigris, visages vieillis, pieds, bras et visages gonflés… Ces signes, Fatime Younous Abdraman, 37 ans, a été formée à les détecter. « Chaque fois que je repère dans mon entourage un enfant qui les développe, j’explique à la famille qu’il souffre de malnutrition et qu’il est urgent de l’emmener à l’Unité nutritionnelle thérapeutique (UNT) de Mondo », explique-t-elle. Les enfants malnutris de 0 à 5 ans y sont accueillis, avec leurs proches, afin d’y être correctement nourris et soignés. Mais en ces mois de mars-avril, comme d’autres centres nutritionnels du Tchad, l’UNT accueille un nombre anormalement élevé de bénéficiaires. « Cent onze enfants ont été admis en mars, 78 en avril. Et nous avons enregistré 9 décès en mars et 5 en avril. Nous avons vraiment atteint un pic », précise le Dr Djibert Ahmat Haliki, délégué à la santé de la province du Kanem, dont le taux de malnutrition est l’un des plus élevés (39,1%) du Tchad.

Urgence alimentaire

De son côté, le gouvernement tchadien déclare l’état d’urgence alimentaire, tandis que les Nations unies estiment à 4,1 millions le nombre de personnes en situation d’insécurité d’alimentaire (lire ici). « Je n’avais jamais vu ça, se souvient Ali Younouss Ali, président de l’association pour le développement de Mondo et directeur de la radio Bissam. Les petits étaient avec leur maman, sous des hangars en tôle. Mais à cette période, la température peut monter jusqu’à 47° C. Sans électricité, vous imaginez ? »

D’autant qu’en ce mois de mars, l’UNT de Mondo doit faire face à un autre problème. L’ONG Action contre la faim (ACF), son partenaire depuis dix ans, ne prend plus en charge les salaires du personnel additionnel. Cette décision, annoncée de longue date (lire ci-dessous), laisse le personnel soignant dans le désarroi.

Faible pluviométrie et mauvaises récoltes

Comment en est-on arrivé à une telle situation ? « Le Kanem est une zone aride, explique Issa Belingar, chef de zone du district sanitaire de Mondo. Et cette année a été particulièrement difficile. En raison d’une mauvaise répartition des pluies, les récoltes n’ont pas été bonnes. Or, les enfants ont besoin de consommer des aliments énergétiques, protecteurs, constructeurs, comme des fruits et des légumes, qui leur permettront de développer leurs propres défenses immunitaires ainsi que de l’eau propre. Mais, ils ne mangent plus à leur faim, ou alors ils consomment des aliments carnés, qui ne sont pas du tout adaptés à leurs besoins. »

Des pratiques culturelles « néfastes »

D’autres raisons sont aussi avancées. « Les populations ont des pratiques culturelles qui peuvent aussi s’avérer néfastes pour la santé des enfants, observe Issa Belingar. Lorsque les enfants ont, par exemple, une inflammation de la luette, les familles font une ablation. Cela provoque des saignements, voire de l’anémie, alors qu’un simple traitement antibiotique suffirait à la traiter. Les scarifications et l’extraction des dents sont aussi des pratiques culturelles qui peuvent entraîner des complications et des problèmes de santé. »

Mais, c’est surtout la durée de l’allaitement qui préoccupe les autorités sanitaires. « Le taux d’allaitement exclusif chez les femmes n’est que de 16%, poursuit le Dr Djibert Ahmat Haliki. On leur recommande d’allaiter les enfants pendant vingt-quatre mois. » Comment les mères peuvent-elles produire suffisamment de lait pour nourrir leurs enfants quand elles-mêmes ne mangent pas non plus à leur faim ? Devant ces constats, les autorités se mobilisent pour faire face à l’urgence, mais aussi trouver des solutions à long terme, en tentant notamment de faire évoluer les mentalités (lire ci-dessous).

Reportage réalisé avec la collaboration de la radio Bissam, Mondo, Tchad.

LES STRUCTURES QUI SOIGNENT LA MALNUTRITION DANS LE KANEM

Dans la province du Kanem, diverses structures prennent en charge les enfants souffrant de malnutrition, en fonction du niveau de gravité. Cent dix Unités nutritionnelles supplémentaires (UNS) accueillent les enfants et les femmes enceintes et allaitantes, atteints de malnutrition aiguë modérée. Quatre-vingt-seize Unités nutritionnelles ambulatoires reçoivent les populations touchées par une malnutrition aiguë sévère, mais sans complication médicale. Et enfin, les deux Unités nutritionnelles thérapeutiques (UNT) de Mao et Mondo accompagnent les enfants et leurs proches souffrant de malnutrition aiguë combinée à des maladies (infections respiratoires, diarrhée, etc.). Toutes ces unités sont intégrées dans des centres de santé ou des hôpitaux, permettant au personnel médical de suivre les patients. « Mais, le Tchad fait face à de nombreuses difficultés, rappelle le Dr Djibert Ahmat Haliki, délégué à la santé de la province du Kanem. Donc, nos partenaires sont très importants. » L’Unicef apporte ainsi un appui dans l’alimentation des enfants et certains traitements, le Programme alimentaire mondial (PAM) soutient les UNS ; et Action contre la faim (ACF) appuie les UNT dont celui de Mondo, notamment dans la prise en charge des salaires du personnel additionnel.

 

L’IMPORTANCE DES PARTENAIRES: LE CAS DE L’UNT DE MONDO

Courant mars, lorsque Action contre la faim (ACF) a cessé d’appuyer la délégation sanitaire dans la prise en charge du personnel additionnel, alors que le nombre de bénéficiaires affluait, la situation était tendue. « Ce sont des jeunes de Mondo qui m’ont informé que l’UNT peinait à travailler et qu’elle était laissée à son triste sort, explique le général Ousmane Brahim Djouma, gouverneur du Kanem. Alors, j’ai décidé d’aller voir sur place et j’ai constaté que, depuis le départ d’ACF, les enfants avaient toujours un peu de nourriture, mais les accompagnants n’étaient plus pris en charge et les infirmiers travaillaient sans salaire. Normalement, le départ d’ACF aurait dû être accompagné par les services de l’État et d’autres ONG pour éviter toute rupture. Mais, il y a eu un manque de communication qui a conduit à cette situation. » Le gouverneur a débloqué en urgence un million de francs CFA permettant une prise en charge des accompagnants pendant un mois. « L’Unicef a accepté de prendre en charge cinq agents et le ministère de la Santé publique trois agents, dont un médecin », précise le Dr Djibert Ahmat Haliki, le délégué à la santé de la province du Kanem. 
Henri-Noël Tatangang, le directeur Tchad d’ACF, explique, de son côté, les raisons du retrait de l’ONG de l’UNT de Mondo : « ACF finance, depuis dix ans, les salaires du personnel additionnel des UNT de Mao et Mondo avec l’appui du bailleur de fonds, ECHO, l’Unité d’urgence de l’Union européenne. Notre bailleur a estimé qu’après dix ans, il fallait financer des projets plus structurants. Nous avons annoncé la fin de la prise en charge du personnel il y a plus d’un an. Par ailleurs, nous venons d’obtenir un financement de l’Agence française de développement (AFD) qui profitera à l’UNT de Mondo en équipement et en formation. » Finalement, ACF a pu obtenir un appui de la Suède pour financer les salaires de l’UNT de Mondo. « Mais, comme une autre solution a été trouvée entre-temps, ce fonds sera affecté à d’autres structures », a indiqué M. Tatangang.

 

LES ACTIONS DE PRÉVENTION POUR ENRAYER LA MALNUTRITION À LONG TERME

Comment faire face, sur le long terme, aux conséquences du changement climatique et tenter d’éradiquer la crise alimentaire qui touche, entre autres, la province du Kanem ? Quelles actions peuvent être mises en place ? 

Développer une agriculture en toute saison

Pour les autorités sanitaires, des solutions peuvent être apportées à différents niveaux. « À long terme, il faut produire des aliments, comme des fruits et légumes, et favoriser le petit élevage », préconise Issa Bélingar, chef de zone du district sanitaire de Mondo. Comment les cultiver dans une région aride où les conditions climatiques se dégradent d’année en année ? « La province a beaucoup d’espaces cultivables, précise le général Ousmane Brahim Djouma, gouverneur du Kanem. Il faut arriver à faire une agriculture en toute saison, en exploitant des ouadis à l’aide de forages solaires et en prévoyant des clôtures pour protéger les semences du bétail. Comment faire un champ pour produire une alimentation suffisante ? Comment donner du travail aux jeunes ? C’est ce que nous devons réussir à faire. Mais, cela demande un appui, notamment des centres d’agriculture. Et cela va prendre du temps à mettre en place. »

Insécurité et investissement

Henri-Noël Tatangang, directeur d’ACF au Tchad, indique que l’ONG appuie déjà les communautés en développant des ouadis, à l’aide d’un système d’irrigation solaire. ACF ne serait d’ailleurs pas la seule à financer ce type de projets. « Mais, ce n’est pas suffisant pour couvrir les besoins alimentaires de la population du Kanem, regrette Koumaye Vaïtchedé Vanjoua, chargé de l’encadrement technique agricole sur le secteur de Mao, chef-lieu de la province. Pour aménager plus de ouadis, il nous faudrait plus de moyens techniques, mais aussi humains afin de former davantage de paysans. » « Pour cela, il faut des financements, poursuit M. Tatangang. Mais, le gouvernement a des contraintes sécuritaires et budgétaires qui l’empêchent de faire ces investissements. Avec les autorités, nous étudions la possibilité d’aménager de plus grandes parcelles. »

Prévention à court terme

En attendant, des actions avec des effets à court terme sont envisagées. « Il est important de dépister rapidement les signes de la malnutrition et de maladies (infections, diarrhées) grâce à un réseau de relais communautaires, indique le Dr Djibert Ahmat Haliki, le délégué à la santé de la province. Et puis, des nutriments peuvent être fournis sous la forme de poudres à rajouter dans les farines pour faire des bouillis enrichis pour les enfants. C’est une stratégie que l’on expérimente sur le district de Mao avec l’appui de l’Unicef et qui pourrait être étendue. »
« Il y a d’autres facteurs, plus spécifiques à la province, sur lesquels nous pouvons aussi agir, précise le gouverneur. Il est important de sensibiliser les mamans afin qu’elles n’attendent pas que leurs enfants soient dans un état critique pour les emmener se faire soigner. Les jeunes peuvent certainement faire ce travail de sensibilisation auprès des mamans. »

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