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Tuesday, February 27, 2024

En Espagne, le soutien à la cause palestinienne est une «longue tradition»

L’Espagne défie à nouveau la tendance européenne en accordant une aide d’urgence à l’Unrwa. Le pays, qui tente de faire entendre les aspirations palestiniennes au sein de l’Union européenne, se distingue par un soutien solidement enraciné et une volonté de jouer un rôle de « médiateur crédible » au sein du conflit israélo-palestinien.

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Madrid accordera une aide d’urgence de 3,5 millions d’euros à l’Unrwa. C’est ce qu’a annoncé lundi 5 février le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Alvarez, malgré la polémique qui vise l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens depuis qu’elle a révélé avoir licencié douze de ses employés accusés d’avoir participé au massacre du 7 octobre en Israël. Depuis, 17 pays, États-Unis, Japon et Allemagne en tête, ont suspendu leurs versements à l’organisation.

L’Espagne ne fera pas partie de ceux-là. « Nous ne changerons pas notre relation avec l’Unrwa », qui est « une agence des Nations unies indispensable pour soulager la situation humanitaire », a déclaré le ministre devant le Congrès des députés. Ce soutien, qui prend le contre-pied de la plupart des pays européens, reflète la position qu’a adoptée Madrid depuis le début de la réponse israélienne à l’attaque terroriste du 7 octobre.

Fin novembre, Pedro Sanchez avait qualifié d’« insupportable » le nombre de morts palestiniens, et ce, en présence de Benyamin Netanyahu. Plaidant pour un cessez-le-feu stable et l’organisation d’une conférence de paix, le chef du gouvernement espagnol lui avait demandé de « travailler dès à présent à la mise en œuvre de la solution à deux États ». Lors d’une prise de parole à Madrid, le dirigeant socialiste avait également dénoncé « la tuerie aveugle de Palestiniens à Gaza ».

Des liens historiques avec la Palestine

Au sein d’une Europe divisée sur la question, l’Espagne se montre ainsi soucieuse de la cause palestinienne et s’engage à la faire entendre à Bruxelles. Si sa position n’est pas unique au sein de l’Union – le Portugal, l’Irlande ou encore la Slovénie partagent une politique similaire –, elle reste l’une des plus critiques à l’égard de la stratégie militaire israélienne à Gaza. Selon Isaías Barreñada, professeur à l’université Complutense de Madrid, elle découle d’une « longue tradition de relations politiques » avec la Palestine, avec laquelle l’Espagne entretient une « relation spéciale ».

Historiquement, il faudra attendre 1986 pour que Madrid établisse des relations diplomatiques avec Tel-Aviv, tandis que le leader Palestinien Yasser Arafat sera reçu par le Premier ministre Adolfo Suarez dès 1979, avec tous les égards dus à un chef de gouvernement. « L’Espagne a été l’un des premiers pays à recevoir officiellement Yasser Arafat, à permettre que l’OLP ait un bureau officiel dans le pays, ou à établir des accords de coopération avec l’Autorité palestinienne avant même qu’elle ne soit réellement établie », affirme Isaías Barreñada. À l’inverse,les taresdu régime franquiste, une dictature alliée d’Hitler et installée au pouvoir espagnol de 1939 à 1975, ont longtemps poussé l’État hébreu à bouder la relation bilatérale et à voter contre la levée des sanctions et l’intégration de l’Espagne à l’ONU.

En réponse, l’Espagne s’est tournée vers les pays arabes. « Le régime franquiste, qui était isolé sur le plan international, a développé une politique de relations diplomatiques avec les pays arabes nouvellement indépendants dans la seconde moitié du XXe siècle », rappelle Haizam Amirah-Fernández, analyste à l’Institut royal Elcano. « C’est le seul pays de l’Union européenne à avoir une frontière terrestre avec un pays arabe, le Maroc, donc les intérêts partagés par son voisinage méditerranéen sont dans les priorités espagnoles », ajoute Isaías Barreñada en faisant référence aux mouvements populaires de solidarité qui éclatent au Maghreb depuis le début de la guerre entre le Hamas et Israël. En parallèle, le professeur pointe la « vieille relation religieuse » qui lie l’Espagne à la Palestine, avec la « présence de religieux chrétiens en Palestine historique ».

Se poser en « médiateur crédible » à Gaza

Malgré ses nombreuses prises de position, l’Espagne ne reconnaît toujours pas formellement l’État palestinien, ce que font déjà neuf États membres de l’Union européenne. Pour autant, en 2014, la chambre basse espagnole a voté une motion symbolique appelant le gouvernement conservateur à prendre cette direction. Bien que celle-ci n’ait pas été suivie d’effet à l’époque, le dirigeant socialiste Pedro Sanchez, qui gouverne en coalition avec la gauche radicale Sumar, a récemment appelé à « la reconnaissance par la communauté internationale et Israël de l’État de Palestine ».

Le chef du gouvernement espagnol a aussi fait savoir qu’idéalement, celle-ci interviendrait d’un seul coup avec la participation d’au moins plusieurs États membres, en précisant que « si ce n’est pas le cas, l’Espagne prendra, bien sûr, ses propres décisions ». Selon Isaías Barreñada, « l’Espagne préférerait qu’il y ait un accompagnement européen, mais attend surtout que les États-Unis révisent leur position, à laquelle le gouvernement est très attentif ». Toutefois, même en l’absence du feu vert de Washington, la reconnaissance de la Palestine ne « devrait pas tarder », selon l’expert, qui précise qu’elle reste inscrite dans l’accord de coalition avec Sumar et que les « pressions internes » se maintiennent.

Si elle s’attire régulièrement les foudres d’Israël pour sa proximité avec la Palestine, l’Espagne rêve même de s’ériger en « médiateur crédible » au sein du conflit israélo-palestinien. En 1991, le pays a accueilli la conférence de Madrid, première tentative de la communauté internationale d’engager un processus de paix au Proche-Orient. « L’Espagne veut être un interlocuteur valable et jouer un rôle pour mettre un terme au cycle de violence », analyse Haizam Amirah-Fernández, qui précise que le pays n’est pas « anti-Israël ». Une ambition qui ne suffit pas, pour l’instant, à ce que tous les pays s’assoient autour de la table et s’accordent. En décembre, les 27 sont apparus à nouveau divisés lors du vote pour un cessez-le-feu à Gaza : 17, dont l’Espagne, ont voté en faveur de la résolution, deux ont voté contre et huit se sont abstenus.

À lire aussiGuerre Israël-Hamas: l’Union européenne suspend l’aide aux Palestiniens, l’Espagne en «désaccord»

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