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Monday, February 26, 2024

Jenny Huan, coach sportive au service de l’identité taïwanaise

Face à une Chine toujours plus menaçante à l’égard de Taïwan, Jenny Huan a fait de la préparation de ses concitoyens à un conflit armé le combat de sa vie. Au-delà de la survie en zone de guerre, c’est l’affirmation d’une identité taïwanaise hors du système chinois qu’elle promeut.

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Au premier abord, on pourrait la prendre pour une coach sportive ordinaire. Renforcement musculaire, levée de poids, étirements… à la petite dizaine de participants présents à la séance ce soir-là, Jenny Huan leur fait multiplier les efforts pour améliorer leur condition physique. Mais avec elle, la séance prend une autre tournure. « Vous allez d’abord faire un garrot à la victime avant de la transporter dans un lieu sûr », assène-t-elle à ses ouailles, avant de leur donner des notions de premiers secours et d’auto-défense. Car si cette énergique quadragénaire dirige sur son temps libre des entraînements intensifs chaque mercredi soir depuis un an, c’est pour que ses concitoyens soient en mesure de réagir à un conflit entre Taïwan et la Chine.

À Taïwan, la menace d’une invasion chinoise est prégnante. Xi Jinping, le président chinois, le répète : ce territoire fait partie intégrante de la Chine et leur réunification est « inévitable », même si la force doit être employée pour cela. Alors Jenny Huan a décidé de se battre et d’emmener un maximum de Taïwanais avec elle, au nom de la sauvegarde de sa patrie.

Une employée de marketing « sans histoire »

Pourtant, rien ne la prédestinait à cette fonction. Mère de famille et employée d’une entreprise de marketing en ligne dans la banlieue Taipei, la capitale, elle était « sans histoire ». Du haut de son mètre soixante et de son physique un peu frêle, elle est loin du profil d’une cheffe de guerre. Mais en 2018, un mélange de peur et de colère a provoqué l’étincelle.

« Les résultats d’élections locales à travers Taïwan cette année-là m’ont paru étranges, relate-t-elle. J’en parle autour de moi et tout le monde est surpris. Alors cette idée ne me sort plus de la tête, j’ai besoin de comprendre ce qui a pu se passer. On apprend à ce moment les interférences chinoises dans les élections. C’est là que je me rends vraiment compte d’à quel point Pékin tente d’influencer la vie à Taïwan, de modifier notre façon de penser, et c’est un choc terrible. Je l’ai vécue comme une tentative d’invasion. »

Elle investit alors les réseaux sociaux, et se lance dans la lutte contre la désinformation en ligne. Démasquer la propagande chinoise, « débunker » les fake news… Jenny Huan tente de « vider l’océan à la petite cuillère », notamment lors des manifestations en faveur de la démocratie à Hong Kong, en 2019, un territoire en train de perdre son autonomie face au parti communiste chinois.

Son engagement prend une autre tournure en 2022, avec la guerre en Ukraine. « La Chine peut-elle faire à Taïwan ce que la Russie a fait à l’Ukraine ? Leurs discours sont les mêmes, leurs volontés impérialistes sont similaires. Le risque d’un conflit est devenu soudainement très concret », explique-t-elle. Prise de panique, obsédée à longueur de journée par une menace existentielle face à laquelle elle se sent impuissante, Jenny Huan décide de prendre en main son destin pour ne plus jamais ressentir cette détresse.

La quadragénaire s’inscrit à des sessions de formation à la défense civile. Jusqu’à trois séances par semaine, elle apprend comment faire un massage cardiaque, comment faire un garrot, comment évacuer une personne blessée sans se mettre en danger ou se blesser… Des techniques utiles pour pouvoir aider les autres. Mais seule, ses capacités sont limitées, elle coordonne alors plusieurs petits groupes différents pour qu’ils mettent en commun leurs moyens et fonde sa propre branche, dans son district de la banlieue de Taipei.

« Affirmer une identité taïwanaise »

« Je sentais bien qu’il y avait pas mal de personnes intéressées, qui ressentaient ce même besoin, il fallait augmenter nos moyens et nous rendre accessibles facilement pour attirer le plus de monde possible. » Son travail en marketing l’aide à mener une promotion en ligne et des dizaines de personnes affluent dans son quartier pour y participer. Des enseignants, des vendeurs de pièces d’ordinateur ou encore des lycéens, tout sauf des soldats. Sa fille de douze ans également, à qui elle tente d’expliquer la situation et lui fournit des petits entraînements à la maison.

« C’est le travail de chacun de se préparer pour savoir comment réagir en cas de guerre avec la Chine », leur affirme Jenny Huan, énervée et plus déterminée après chaque prise de parole de Xi Jinping à propos de Taïwan. « Elle nous pousse à sortir le meilleur de nous-mêmes, à réfléchir sur le monde qui nous entoure et ce que nous pouvons faire à notre échelle pour changer les choses. C’est une vraie leader », assurent des volontaires pendant un exercice.

Car au-delà des questions de défense, c’est une communauté qu’est en train de créer Jenny Huan. Des membres soudés, partageant des valeurs de liberté et de démocratie, solidifiant ainsi leur identité taïwanaise. « Si nous sommes proches les uns des autres, si nous nous soutenons, si nous partageons nos idées et nos peurs et que nous y faisons face ensemble, alors il n’y a plus de place pour l’isolement ou le défaitisme, espère-t-elle. C’est toute l’importance et le sens de ce projet. Je veux montrer aux Taïwanais qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils peuvent compter les uns sur les autres. » Une flamme qu’elle doit constamment entretenir face à une menace chinoise toujours plus pressante.

À lire aussiTaïwan: Han Kuo-yu, favorable au rapprochement avec Pékin, élu président du Parlement

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