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Monday, February 26, 2024

Lourde polémique au sein de la Ciivise, commission française de lutte contre l’inceste

Alors qu’une nouvelle équipe prend les rennes de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), suite à l’éviction du juge des enfants Édouard Durand qui la dirigeait jusque-là, une polémique éclate sur la personnalité et les pratiques de sa vice-présidente. Caroline Rey-Salmon, pédiatre aux urgences médico-judiciaires pour mineurs de l’Hôtel-Dieu à Paris, est sous le coup d’une plainte pour « agression sexuelle par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction ». La commission a annoncé sa mise en retrait.

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C’est la nomination de Caroline Rey-Salmon en tant que vice-présidente de la Ciivise qui a tout déclenché. Louison L., victime d’inceste dans son enfance, a déjà eu affaire à la médecin légiste. Adressée à elle le 27 juin 2020 pour une expertise judiciaire par la Brigade de protection des mineurs, la jeune femme de 25 ans raconte à la rédaction de franceinfo que sa parole est remise en cause : « Après l’examen, elle m’a dit que je me trompais, que je n’avais pas pu subir de viol vaginal parce que mon hymen n’était pas déchiré », relate Louison L. Pire, l’examen gynécologique se déroule d’une manière choquante puisque la médecin reproduit l’acte subi en mimant les gestes de l’agresseur, plaçant à nouveau la plaignante dans une situation d’agression.

À la suite de cet examen, la jeune femme choquée ne porte pas plainte, mobilisée pleinement dans la bataille qu’elle mène pour faire reconnaître l’inceste qu’elle dénonce. Elle explique d’ailleurs n’avoir jamais reçu le rapport d’expertise de Caroline Rey-Salmon et être au point mort dans ses démarches judiciaires. Une pétition a été lancée pour soutenir Louison L.

Des actes médicaux qui jettent un discrédit sur la Ciivise

Contactée par franceinfo, Caroline Rey-Salmon a contesté « l’intégralité des accusations » et n’a pas souhaité faire de commentaires. Pourtant, dans une revue juridique, la médecin revient sur sa pratique des expertises avec ses mots : « C’est tout l’intérêt de faire avec l’enfant sur la table d’examen une sorte de reconstitution des gestes de l’agresseur et de recueillir ses sensations pour être au plus près du déroulement des faits ».

Dans un communiqué, la Ciivise a pris acte de la polémique et annoncé la mise en retrait de sa vice-présidente Caroline Rey-Salmon, évoquant une décision « indispensable à la sérénité des travaux » et au maintien « de la confiance » des personnes victimes.

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a été lancée en mars 2021, dans le sillage de la publication du livre de Camille Kouchner, La Familia Grande, qui dénonçait l’inceste commis sur son frère par le politologue Olivier Duhamel. Cette instance a fait de la protection de la parole des victimes, une priorité.

Dans une tribune publiée le 2 février dans le quotidien Le Monde, des acteurs de la société civile, élus, personnalités et associations, s’inquiétaient de l’éviction du juge Edouard Durand, saluant son travail auprès des victimes, et émettant des doutes sur les nouvelles orientations de la commission. Les signataires alertaient notamment sur la remise en question de la devise choisie « Je te crois, je te protège », en particulier par Caroline Rey-Salmon. « Avant de croire, il faut analyser et étudier la parole de l’enfant », défend-elle.

Le rôle clé de l’expert dans les situations d’inceste

Pour Arnaud Gallais, ex-membre de la Ciivise, président de l’association BeBrave, interrogé par l’AFP, il était « indispensable » que la vice-présidente se « mette en retrait ». « Bien sûr, il y a la présomption d’innocence, mais il y a un principe de précaution ». « On ne peut pas dire ‘je te crois, je te protège’ et là dire ‘je te crois, mais si c’est la vice-présidente, ça ne marche pas’ ».

Pour Laurent Boyet, président et fondateur de l’association de lutte contre les maltraitances infantiles Les Papillons, interrogé par RFI, cette polémique relance la question de la communication et du consentement lors d’examens médicaux. Concernant les actes pratiqués par Caroline Rey-Salmon, il estime que ce sera le travail de la justice de voir si le cadre réglementaire a été outrepassé. « Je peux comprendre la nécessité médicale de faire certains gestes puisqu’il y a beaucoup de gestes qui peuvent poser souci. Mais en face, il faut comprendre la capacité du patient à comprendre ce geste et à l’analyser. Et donc je pense qu’on doit aussi introduire cette notion de consentement du patient qui doit de façon éclairée accepter la pratique médicale qui va être faite. Ou la refuser, et à ce moment-là, il faut pouvoir trouver des alternatives ». 

Laurent Boyet, président de l’association de lutte contre les maltraitances infantiles Les Papillons

Thomas Papin

À lire aussiInceste en France: les préconisations de la Ciivise pour protéger les enfants

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